Équiper pour servir • Département d’Éducation Théologique
Former et accompagner des leaders laïcs : la stratégie multiplicatrice de Wesley
Un compte-rendu du webinaire du 20 août 2026, organisé par le Champ Francophone de l’Église Wesleyenne
Le jeudi 20 août 2026, dans le cadre du programme « Équiper pour servir » du Département d’Éducation Théologique du Champ Francophone de l’Église Wesleyenne, plusieurs ouvriers et ouvrières se sont retrouvés en ligne pour explorer un héritage vieux de presque trois siècles, mais criant d’actualité : la manière dont John Wesley a su transformer un réveil spirituel en un mouvement durable, grâce à la formation et à l’envoi de leaders laïcs.
Le conférencier invité, le Rév. Dr. Patrick Gué, théologien, professeur à Wesley Seminary, Colombia International University et European Nazarene College, et président du Séminaire Théologique Wesleyen d’Haïti, a offert aux participants un enseignement structuré en cinq temps, à la fois historique, biblique et pratique.
Un constat qui interpelle
Le webinaire s’est ouvert sur une question fondamentale : une Église peut-elle grandir sans multiplier les disciples ? Le défi de nos communautés locales, a rappelé le Dr. Gué, n’est pas seulement d’attirer des gens dans nos assemblées, mais de les accompagner, les former et les envoyer. Trop souvent, nos églises confondent croissance numérique et maturité spirituelle, oubliant que Jésus nous a appelés à faire des disciples, pas seulement des convertis.
C’est ici qu’intervient une question toute simple, mais redoutablement puissante, héritée du mouvement méthodiste primitif :
Cette interrogation, posée chaque semaine dans les petits groupes appelés « classes », plaçait la vie spirituelle et la redevabilité mutuelle au cœur même du discipulat.
Le parcours de Wesley : une vocation forgée par la grâce
Né à Epworth en 1703, ordonné ministre anglican en 1728, John Wesley connaît d’abord une mission difficile en Géorgie avant de vivre, en 1738, l’expérience d’Aldersgate, ce moment où son cœur fut « réchauffé » par une assurance nouvelle de la grâce de Dieu. Plus de cinquante années de prédication, d’organisation et de formation suivront, jusqu’à sa mort en 1791, laissant derrière lui un mouvement qui allait traverser les continents et les siècles.
Mais Wesley avait compris une chose essentielle : la prédication seule ne suffit pas. Les nouveaux croyants ont besoin d’un accompagnement structuré pour persévérer dans la foi. C’est ainsi qu’il articula un parcours en quatre mouvements : croire, grandir, servir, multiplier. Chaque croyant devient disciple ; chaque disciple poursuit la sainteté ; chaque disciple exerce un ministère ; et chaque disciple, à son tour, fait d’autres disciples.
Le système : classes, bandes et sociétés
Le génie organisationnel de Wesley s’est concrétisé dans une architecture à plusieurs niveaux, conçue pour que personne ne reste anonyme dans le mouvement méthodiste :
- Les sociétés, plus larges, rassemblaient les croyants pour la prédication, la prière et l’adoration.
- Les classes, groupes de 10 à 12 personnes, se réunissaient chaque semaine sous la conduite d’un responsable laïc, souvent une personne sans formation théologique formelle, mais reconnue pour sa fidélité et sa maturité spirituelle. C’est là que la fameuse question, comment se porte votre âme ?, trouvait tout son sens, permettant de discerner la vie spirituelle de chacun et de soutenir les besoins tant matériels que spirituels.
- Les bandes, plus intimes encore (3 à 5 personnes du même sexe), créaient un espace de confiance profonde où l’on pouvait confesser ses luttes, prier les uns pour les autres et s’encourager mutuellement vers la sainteté, un écho vivant de Jacques 5.16.
Ce système à plusieurs échelles permettait à Wesley de conjuguer l’ampleur de l’évangélisation avec la profondeur du soin pastoral, un équilibre que bien des églises contemporaines cherchent encore à retrouver.
La multiplication : une chaîne de transmission
Le principe biblique qui sous-tend toute cette architecture se trouve en 2 Timothée 2.2 : transmettre à des personnes fidèles, capables à leur tour, d’enseigner à d’autres. Wesley formait des responsables, qui formaient des disciples, qui devenaient eux-mêmes de nouveaux leaders, formant ainsi une chaîne de reproduction spirituelle qui explique en grande partie l’expansion fulgurante du méthodisme.
Le Dr. Gué a souligné sept forces qui ont rendu ce mouvement si fécond : l’évangélisation active, le suivi immédiat des nouveaux croyants, la redevabilité mutuelle, la formation continue, le leadership partagé, une vision missionnaire claire, et une recherche authentique de sainteté. Ensemble, ces forces ont transformé un mouvement de conversions en un mouvement de transformation durable.
L’application : un cadre praticable pour aujourd’hui
Loin de rester un simple exposé historique, le webinaire a débouché sur des priorités concrètes pour nos églises locales : cultiver les petits groupes, équiper des laïcs, instaurer des mécanismes de redevabilité, former des disciples capables de servir, viser la multiplication en accompagnant au moins une personne, et rechercher un caractère façonné par la sainteté.
Le Dr. Gué a même proposé un cycle d’action sur 90 jours, simple et réplicable dans n’importe quel contexte :
Jours 1–15 : Prier et diagnostiquer
Repérer les besoins et les personnes fidèles.
Jours 16–30 : Équiper
Former les premiers responsables.
Jours 31–60 : Lancer
Démarrer des petits groupes de 8 à 12 personnes.
Jours 61–90 : Évaluer et multiplier
Ajuster le parcours et préparer de nouveaux leaders.
Une question pour nos églises
Le webinaire s’est conclu sur une vérité centrale : la vraie croissance forme des personnes qui ressemblent à Jésus. Ni les chiffres, ni les programmes, ni les bâtiments ne constituent la mesure ultime de la fécondité d’une église, mais bien des disciples qui, à leur tour, forment d’autres disciples.
Chers ouvriers et ouvrières du Champ Francophone, puissions-nous, comme les premiers méthodistes, redécouvrir la puissance d’un ministère partagé, où le pasteur ne fait pas tout, mais où chaque croyant est valorisé, formé et envoyé. Puissions-nous honorer nos laïcs sans pour autant nous désengager de notre propre appel, et ainsi voir nos églises locales devenir, à leur tour, des foyers de multiplication pour la gloire de Dieu.